dinsdag 30 oktober 2018

Simi Nah: Cet album est une façon pour moi de “Tirer ma révérence”, de finir en beauté si tu préfères.


Finir en beauté, c’est ce que Simi Nah espérait avec son nouveau CD "La terre est noire". Et comment ! Le disque est un vrai chef-d’oeuvre. Un joyau sombre, cependant, avec de nombreuses références à la dépression, l'insomnie, la douleur, la mort et le suicide.

Bonjour Simi Nah. Je tiens à te féliciter pour ‘La terre est noire’, ton nouveau CD. Il est superbe. J’oserais même dire que c’est ce que tu as fait de mieux. Comment évalues-tu le disque toi-même ?

Bonjour Xavier.
 Je te remercie du compliment. J'avoue que, moi même, j’ai un peu ce sentiment. J'ai muri, j'ai grandi, j'ai pris beaucoup de plaisir sur scène ces dernières années, j'ai souffert aussi… Alors oui, cet album réuni l'ensemble de ces sentiments très forts, ce qui fait de lui sans doute le plus profond.

Le disque est très sombre, avec beaucoup de références à la mort et même au suicide. J’ai l’impression que le disque est très personnel. Qu’est-ce qui t’as amené à écrire un album aussi “noire” ?

Comme je te le dis plus haut, peut être ce fameux mélange de plaisir et de souffrance interne. Je réalise que suis une personne assez compliquée, malgré les apparences ! Pas facile à cerner, et j'ai constamment besoin de changement. La monotonie me déprime et la routine me rend folle... j'ai passé une période très complexe dans ma tête où je me levais parfois le matin en n'ayant que des idées “noires” en tête... comme la mort ! L'écriture de cet album m'a permis de ne pas sombrer et m'a aidé à surmonter mes peurs.

C’est sombre, mais tu ne perds pas la touche ‘pop’ que tu as eue toute ta carrière. C’est un point que tu as en commun avec Milène Farmer, avec qui tu as déjà souvent été comparée. Qu’en penses-tu ?

La fameuse comparaison avec Mylène Farmer, en soit, ne me dérange pas du tout. Elle a fait de très belles choses, et ce comparatif ne peut être que positif. Maintenant, il n'y a aucune volonté de ma part de vouloir lui ressembler; j'écris des mots les uns après les autres en utilisant ma langue natale, je joue avec les mots comme les mots jouent avec moi, et j'aime les voix sombres et douces… Donc oui, inévitablement il y a des points communs !



Après avoir entendu le CD, j’étais surpris d’entendre que c’était le dernier, et surtout que tu n’allais même pas faire de concerts pour le promouvoir. Pourquoi cette décision ?

C'est compliqué … Cet album est une façon pour moi de “Tirer ma révérence”, de finir en beauté si tu préfères. La vie est éphémère, tout est “F.M.R”, et parfois il est préférable d'arrêter plutôt que de dégénérer. Nous avons décidé, avec Kenny, mon partner in crime, de changer de vie radicalement, et à l'heure même où je t'écris, nous vivons dans un tout petit village en France où seuls les oiseaux performent des symphonies pour nous !

Tu as publié trois singles avant le disque, dont le premier en juin 2017. Je présume que la route a été longue pour publier ce disque. Combien de temps y avez-vous travaillé et pourquoi cela a duré si longtemps?

Parce que mon mal-être interne m'a aidé à écrire ces textes, mais m'a aussi freiné tant je ne savais plus où aller, ni dans ma tète, ni dans la musique... Le temps a produit de différentes atmosphères que l'on retrouve tout au long de l'album. Les plus sombres ont été écrites en dernier lieu.

Avec “La terre est noire”, tu retournes vers le français comme langue principale. J’apprécie beaucoup les jeux de mots et la façon dont tu joues avec la langue française. Pourquoi ce retour aux sources ?

Je n'ai jamais vraiment quitté cette façon d'être. “Be my guest”, qui n'était pas vraiment un album perso, faisait exception à la règle. Mais mes 2 albums précédents étaient presque tout en français. Pour “La Terre est Noire”, ce que j'avais à dire était trop théâtral pour utiliser la langue de Shakespeare, c'est donc choisi Molière pour m'inspirer !

Comme c’est la fin de ta carrière musicale, je me disais qu’il serait intéressant de parcourir ta carrière. Ton premier album – “Cherchez la femme” de 2004 – était basé sur les relations avec ta mère et ta fille, un sujet qui te préoccupes encore aujourd’hui. On remarque aussi que ton style musical est resté assez consistent durant ta carrière… Quel regard porte tu sur ton début ?

Un début reste un début, et comme tout commencement, on se cherche encore ! “Cherchez la Femme” était effectivement un thème profond sur ma recherche de personnalité entre ma mère et ma fille. Je suis entretemps passé à autre chose ….
La production musicale était encore très naïve et timide, bien que l'on abordait déjà le retour du gothic et de la new wave dans cet album, alors que le revival n'était pas d'actualité en 2004 !
Ton second album “5” se veut une réflexion sur le monde de la mode. Tu as essayé de devenir créatrice et tu avais même déménagée à Paris pour cela, où tu as passé une période assez difficile. L’album se veut plutôt critique vis-à-vis du monde de la mode, n’est-ce pas ?

Oui tout à fait ! Tu vois, c'est encore une facette de moi qui est un peu difficile à interpréter ! D'abord je voulais devenir styliste quand j'étais jeune, puis par manque de moyens (ma mère m'élevait seule et ne pouvais pas payer les seules écoles de stylisme qui existaient à l'époque), je n'ai jamais fait les études de mode dont je rêvais. J'ai alors tout quitté pour aller vivre à Paris en espérant apprendre sur le tas, mais le rêve a vite tourné au cauchemar ! Cela t'ouvre les yeux, et plus tard tu te dis que le talent ne s'achète pas, mais la popularité si !! L'industrie de la mode manipule la population en imposant ses choix, et le temps de Coco Chanel est bien loin, si loin qu'il a atteint les frontières de la Chine en production massive !

C’est aussi à Paris que tu as eu cette fameuse rencontre avec Gavin Friday des Virgin Prunes ? Que s’est-il passé ?

Hahaha oui !! Comment sais tu tout cela ? J'ai vu un de leur concert en plus ou moins 1986, si je me souviens bien, à l'Elysée Montmartre à Paris. Après le concert, par je ne sais quel miracle, je me suis retrouvée à l'arrière de la salle et j'ai pénétré dans les loges. Ne me demande pas comment, je n'en ai aucune idée !!
 Gavin Friday venait d'avoir une dispute ou discussion avec Guggi et il était en pleure. Je me suis approchée de lui pour le consoler comme j'ai pu, et après avoir sécher ses larmes il s'est remaquillé les yeux en noir. J'en ai profité pour faire de même en empruntant son crayon khôl et il m'a dit que je pouvais le garder en souvenir ! Figure toi que je l'ai toujours !!


Les deux premiers albums contiennent une réflexion sur le rôle de la femme dans la société. Que signifie le mouvement féministe pour toi aujourd’hui ?

Rien du tout ! Je ne suis pas féministe, pas plus que ça. Je n'aime pas mettre des mots sur des idées pareilles. Je suis plutôt pour le respect de tous, femme ou non, mais c'est un trop long débat je pense. 
Le rôle “des femmes” dans mes premiers album était d'ordre sentimental, plutôt qu'un rôle en particulier dans la société.
 Cela dit, j'ai plus d'affinité avec les animaux qu'avec les femmes ou les hommes !

“Be My Guest” est un album avec des reprises de classiques new wave classics with avec des ‘guests’ comme Dirk Ivens, Dirk Da Davo, Nikkie Van Lierop, Luc Van Acker… L’album a été un succès indéniable, mais il y a aussi eu des critiques qui disaient que le succès était facile avec cette formule…

Les mauvaises critiques restent des critiques, le négatif est aussi positif que le positif ! Tu me suis?
 Le succès de cet album, c'était à mes yeux la spontanéité du projet, rien n'a été prémédité, c'est arrivé tout seul. C'était un album fun à produire, mais aussi celui qui a demandé le plus de travail, tant coté production que coté organisation. Nous avons, Kenny et moi, tout fait nous-mêmes. Enregistrements, arrangements, mixes, pochette, promo, et pour ne rien laisser au hasard, nous avons monté notre label Why2k Music pour sortir cet album. Donc peu être formule “facile”, mais travail du dingue !

J’ai une thèse et je veux te demander ton avis : ‘la crise de l’industrie musicale fait que les considérations commerciales ont perdues beaucoup de leur importance et que la démarche artistique est redevenue primordiale. En fin de compte, ça bénéficie à la qualité des œuvres produites aujourd’hui’. Qu’en penses-tu ?

Je suis assez partagée sur ce sujet; à l'époque où j'ai commencé mon projet solo, nous pouvions vivre de la musique seule. Comme tu l'as mentionné plus haut, un album ça prend du temps, beaucoup de temps, il faut donc pouvoir s'y consacrer corps et âme pour obtenir de bons résultats.
 A l'heure actuelle, nombreux sont les artistes que je connais obligés d'avoir une seconde occupation pour “survivre”, et pour ma part cela ne m'a pas réussi. Car oui j'ai aussi dû faire “autre chose” pour intégrer cette société qui avait décidé à ma place que la musique ne faisait pas partie des normes. Cela m'a beaucoup affectée et je ne parvenais pas à changer de peau pour passer d'un monde dit “normal” à un monde “artistique”. D'où les longs écarts entre et durant les albums.
 Maintenant, c'est peut être cette frustration intense qui nous a amené à écrire notre meilleur album !
 
Que vas-tu faire maintenant ? Une résurrection de Coma, le premier groupe de toi et Kenny ?

Vivre sereinement, écouter le “Chant des loups” et des cerfs, et le reste suivra…

Merci pour cette interview !

Merci à toi aussi !

Photos: Luc Luyten (1), Xavier Marquis (2-5)

Simi Nah: bandcamp/ website/ facebook

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